Casteliers 2022 : L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste – Je t’aime papa

Casteliers 2022 : L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste – Je t’aime papa

Depuis le temps que le Théâtre de la Pire Espèce roule sa bosse, l’équipe parvient encore à nous surprendre et à nous charmer avec ses productions. Après les très réussis Contes zen du potager et l’hypnotique Effet Hyde, la barre était haute, mais L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste relève le défi, dans un registre encore une fois totalement différent.

Menée cette fois par Francis Monty et Alexandre Leroux, un collaborateur de longue date de la Pire Espèce, la production plante son décor de bric et de broc dans une Amérique fantasmée des années 1950, où il règne un été éternel, entre d’interminables champs de maïs, des routes sans fin, le ciné-parc et le garage du coin. Tirée d’une courte forme créée il y a déjà six ans, la pièce raconte en une série de vignettes les déboires du père de Jimmy Jones par la bouche de son fils et le truchement d’objets savoureusement choisis.

La Pire Espèce fait marcher sa magie avec cette production aux allures de road trip relationnel qui nous immerge en un rien de temps dans le monde rural américain. Baignée par la lumière jaune d’un éternel soleil d’été, la table… pardon, la scène où prend place ce récit évoque les prairies, les hauts plants de maïs, les balles de foin, mais aussi l’ennui, le désoeuvrement, les non-dits et les chicanes de voisinage. Avec sa trame sonore aux accents bluegrass et ses trouvailles marionnettiques, la production a tout pour séduire.

Monty et Leroux forment un tandem redoutablement efficace, tantôt en transformant quelques accessoires en ciné-parc, en longue route de campagne, en lignes à haute tension ou en cheminées de centrale nucléaire, tantôt en incarnant eux-mêmes les personnages au centre du récit. L’histoire de Jimmy Jones, c’est surtout celle d’un duo père-fils dépareillé, au sein duquel Junior vit dans l’ombre écrasante d’un père qu’il voit plus grand que nature et dont le modèle ne lui correspond pas. Dans le rôle du fils, Leroux fait ressortir une belle vulnérabilité, tandis que Monty est toujours aussi habile à faire surgir l’humour à la moindre réplique.

Dans ce monde d’hommes, la mécanique parle plus que les émotions. Le père est donc représenté par un rutilant camion rouge. Le fils, lui? Un simple vélo d’occasion… Solide, stoïque, un peu profiteur, incapable de s’ouvrir à son fils, le père bouffonne, même au bord du gouffre, plutôt que d’admettre avoir des émotions. La relation attachante entre ces deux personnages, plantée dans un décor si merveilleusement bien évoqué, est la grande richesse de cette production. La manipulation d’objets y est d’ailleurs plus effacée que dans de précédentes productions. Il y a moins de transformations d’objets hétéroclites puisqu’on y utilise plusieurs jouets et maquettes, mais ce n’est pas une faiblesse!

L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste recrée avec trois fois rien toute une époque qui vit dans notre imaginaire collectif, et elle le fait en racontant une histoire touchante, celle d’un rapprochement qui semble par moments impossible entre un père et un fils et de l’apparition d’un espoir pour l’ouverture d’un espace où l’homme pourra accepter et exprimer ses émotions, loin du modèle masculin tout en fer que la culture américaine a glorifié depuis des décennies. C’est une histoire à finir… mais peut-être un autre jour.

Crédit photo Mathieu Doyon et/ou Armelle_Llop


Calendrier

L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste

Casteliers : 4 mars 2022
Aux Écuries du 9 au 19 mars 2022

Aux Écuries

Dans une Amérique mythique des années 50, Jimmy Jones vit dans l’ombre d’un père surdimensionné. Alors qu’il tente maladroitement de s’affranchir de ce modèle masculin, il nous dévoile les histoires et déboires de son père au milieu des champs de maïs et des légendes. L’Histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste est un road trip qui nous plonge dans un univers décalé, absurde et plein d’humour.

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