Mademoiselle Julie : Quand l’intensité mène la danse, la tragédie séduit

Après deux ans d’attentes, pandémie oblige, le Rideau Vert accueille enfin Mademoiselle Julie sur sa scène. Si sa version en radiothéâtre diffusée en mars 2020 avait connu un certain succès auprès des auditeurs, cette version scénique adaptée et mise en scène par Serge Denoncourt mérite certainement d’être appréciée en salle. Portée par une Magalie Lépine-Blondeau des plus flamboyantes qui donne la réplique à un David Boutin dans la peau d’un valet impitoyable, la tragédie d’August Strindberg gagne en intensité. Au foudroyant duo se greffe une Kim Despatis qui offre une performance tout en contrôle. Le public assiste à un spectacle où le désir et la raison s’affrontent dans une lutte opposant l’aristocratie au peuple ridiculement sans issue, mais dont l’émoi qu’elle provoque ne peut laisser indifférent.

L’ENVERS : un chaos aux allures surréalistes

Qui, enfant, n’a pas joué au restaurant, comme on joue à l’école ou au docteur ? C’est comme si le service de table faisait partie de notre ADN et on oublie souvent qu’il s’agit en fait d’un métier qui nécessite de multiples apprentissages. Dans la nouvelle production L’Envers, de la compagnie Parabole, la jeune serveuse en entraînement, Emmanuelle (Laura Amar), l’apprend rapidement à ses dépens.

Je suis mixte : un drôle de n’importe quoi

Je suis mixte est d’abord l’histoire de François (Benoît Mauffette), propriétaire d’une entreprise de nettoyage de Drummondville, qui a une révélation soudaine sur le (non) sens de sa vie lors d’un voyage d’affaires à Berlin. La chaleur du sauna et l’effervescence des pistes de danse provoquent chez lui un conflit intérieur où s’entrechoquent tradition et désir d’une vie euphorisante. C’est aussi l’histoire de son oncle (Yves Jacques) qui rejoint son neveu loin du quotidien maison-travail-Costco afin d’assumer son homosexualité en toute liberté. Les deux comparses partagent leur histoire au public dans une performance artistique décousue, aux côtés de The Ghost, un musicien flegmatique à l’accent germanique (Navet Confit).

Pas perdus : Un objet de beauté

Pendant cette douloureusement longue période où l’on a été privé de théâtre, et même de contact humain, nous avons collectivement pris conscience d’une profonde absence de connexion; une connexion qu’aucune émission de télévision ni captation ne pourra jamais faire vivre aussi intensément qu’une production théâtrale comme Pas perdus, troisième documentaire scénique d’Anaïs Barbeau-Lavalette et d’Émile Proulx-Cloutier, après Vrais mondes et Pôle Sud.

Les Murailles : À la rencontre du père

Une femme, jeune mère, urbaine, s’envole la tête remplie de questions et de doutes vers le nord de la Côte-Nord, vers La Romaine et ses grands chantiers, à la rencontre d’un père qu’elle a peu vu, un père qui, quand il revenait auprès de sa famille, lui apparaissait comme un étranger.

Casteliers 2022 : Coucou – Joyeux dérèglement!

C’est avec Coucou, la production rigolote et ludique de l’artiste montréalais Graham Soul que s’est clôturé CASTELIERS 2022, par un dimanche aux doux accents printaniers. Cette douceur s’est glissée jusque sur la scène du Théâtre Outremont, où la pièce a fait surgir l’imprévisibilité et le fantastique au sein d’un quotidien réglé… comme une montre suisse. C’est le moins qu’on puisse dire !

Casteliers 2022 : Bois – Toute la magie du théâtre de marionnettes

Avec Puzzle Théâtre, on est assuré d’un bon spectacle. Et Bois, la nouvelle création de la compagnie ne déçoit pas ; au contraire, il s’agit certainement là d’une des productions les plus intéressantes et les plus abouties de la compagnie.

Casteliers 2022 : Racontars arctiques – L’irrésistible charme brut du nord

Le long passage du temps suit sa propre cadence là-haut, au nord du 73e parallèle, au milieu du siècle dernier. Des hommes solitaires, mi-ours mal léchés, mi-oies sauvages, trouvent dans leurs petites cabanes un refuge contre les vents froids et l’âpreté du paysage du Groenland. Le temps y est long entre deux chasses, et les voisins de cabane peuvent aussi bien devenir une tribu soudée dans l’adversité qu’une nuisance dont on se passerait bien…

Casteliers 2022 : L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste – Je t’aime papa

Depuis le temps que le Théâtre de la Pire Espèce roule sa bosse, l’équipe parvient encore à nous surprendre et à nous charmer avec ses productions. Après les très réussis Contes zen du potager et l’hypnotique Effet Hyde, la barre était haute, mais L’histoire à finir de Jimmy Jones et de son camion céleste relève le défi, dans un registre encore une fois totalement différent.

UTEI – Récit d’un survivant : Briller comme l’étoile du matin

Pendant des décennies, de la fin des années 1800 jusqu’en 1996, quand le dernier pensionnat autochtone a fermé au pays, nous avons collectivement refusé d’entendre les témoignages des survivants. Pendant des années, des membres des Premières Nations ont souffert, en intériorisant la violence contre leur peuple, leur culture, leur identité et même leur humanité ; jusqu’à il n’y a pas si longtemps, leurs histoires nous paraissaient lointaines, sans visages et sans noms. Mais depuis quelque temps, un changement s’opère, on s’indigne de plus en plus des mauvais traitements subis, on se scandalise de la découverte de tombes d’enfants, disparus, mais jamais oubliés par leur famille à qui ils avaient été enlevés.