FTA 2022 : Traces – Chère Afrique, je t’écris pour te dire que je t’aime

FTA 2022 : Traces – Chère Afrique, je t’écris pour te dire que je t’aime

Un homme, ayant quitté son pays d’Afrique pour l’Europe, revient dans sa patrie après s’être échoué sur les côtes italiennes, où il n’a vécu que la misère. Aujourd’hui, il se tient devant nous et nous adresse des mots d’espoir pour un continent africain fort et digne. En plein coeur d’un festival de danse et de théâtre, la forme narrative de Traces – Discours aux Nations Africaines détonne, mais n’en résonne pas moins avec ferveur et amplitude.

Avec les mots de l’auteur, économiste, artiste et philosophe sénégalais Felwine Sarr, l’interprète et metteur en scène Étienne Minoungou s’empare de la scène pour mieux inspirer, dénoncer et revendiquer. Revendiquer le droit au bonheur, au succès et à l’indépendance des nations africaines à qui il s’adresse directement, mais aussi à leur diaspora éparpillée autour du globe. Revendiquer la beauté, la puissance, la richesse de peuples millénaires pour les inviter à s’affirmer, à laisser derrière eux le passé sans l’oublier et à construire pour les prochaines générations.

Étienne Minoungou a la voix chaleureuse du conteur, elle nous enveloppe dès les premiers mots et ne nous lâche plus jusqu’aux derniers. Accompagné par la kora (un instrument aux allures de guitare, mais dont la sonorité des cordes est unique) que fait habilement chanter Simon Winsé sur scène, Minoungou échange avec le public, plutôt timide, tente de le faire interagir, suscite des applaudissements nourris, surtout de la part des membres du public dont les origines les rattachent au continent africain. L’autre partie du public approuve de la tête, offrant un soutien silencieux, plus spectateur encore, car incertain de sa place dans cette bataille, du rôle qu’il a à jouer alors qu’il a justement joué un rôle catastrophique dans l’histoire du continent africain et continue à jouer dans son pillage, encore aujourd’hui. Et pourtant, le flot de paroles sensées signées Sarr, l’amour et la fierté qu’elles déversent par la voix de Minoungou, ne peuvent faire autrement que d’allumer des feux au point d’emporter tout le public et de le jeter sur ses deux pieds pour dire son désir commun de voir les nations africaines conquérir la place qui leur revient sur l’échiquier mondial.

La production du Théâtre de Namur, en coproduction avec le Festival Les Récréâtrales (Ouagadougou), prend la forme très simple du discours : un lutrin, un lecteur, un musicien et une salle à peine plongée dans la pénombre. Sans accessoire ou supports visuels, le discours fait surgir des images de migrants bloqués aux portes de l’Europe, indésirés et indésirables, d’hommes, de femmes et d’enfants envoyés au loin, de pays colonisateurs rouleaux compresseurs, de grandes cités et de territoires immenses, de ressources précieuses et d’une histoire qui est aussi la nôtre.

De la mythologie fondatrice aux défis de l’Afrique contemporaine, tout en suivant les chemins de l’esclavage et les nouvelles routes migratoires sur lesquelles se lancent les jeunes en quête d’un avenir meilleur, Traces cible aussi bien la tête que le coeur. Le manifeste pour la suite du monde tantôt émeut, tantôt galvanise ou indigne en arpentant les traces laissées par la corne d’abondance dont est issue toute l’humanité ; l’Afrique, depuis les débuts, n’a cessé de donner, encore et encore. Il est plus que temps qu’elle réenfante le monde.

Empreint de bienveillance, Traces est un appel à voir les nations africaines dans toutes leurs couleurs, leurs savoirs et leurs langues, de la voir pour ce qu’elle est, avec l’intelligence de sa jeunesse et son foisonnement d’idées pour l’avenir. La voix d’Étienne Minoungou et les mots de Felwine Sarr donnent à cet appel une incroyable résonance.

Présenté du 3 au 5 juin 2022 à la Maison Théâtre

Crédit Photo Véronique Vercheval

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